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1914-1918 De la géopolitique à la première guerre mondiale

Des jeux de la géopolitique à la Première Guerre mondiale

 Quand une partie d’échecs diplomatique se jouait  sans inquiéter outre mesure

Rechercher ce qui a pu conduire à une guerre devenant rapidement mondiale est extrêmement délicat. Dans ce débat voir au premier chef un désir de revanche de la part de la France suite à la défaite de 1870 serait beaucoup trop réductif. Il devait bien y avoir des français ainsi motivés,  avec, en corollaire à leurs pensées, le retour de l’Alsace et de la Lorraine dans le giron national ; mais ce n’est pas ce qui a véritablement développé un sentiment de belligérance dans la nation.

Nous rappellerons que l’Allemagne avait, dès 1882, initié la Triple-Alliance avec l’Autriche-Hongrie et l’Italie qui s’en détachera  pendant la guerre (1915). De son côté la France  signa en 1892 une convention de défense avec la Russie. Ainsi les deux frontières est et ouest de l’Allemagne se trouvait « gardées ». Enfin, bien que n’abordant pas formellement le cas d’une intervention militaire, la France et le Royaume-Uni établirent en 1904 ce que l’on a appelé l’Entente cordiale. élargie trois ans plus tard à la Russie

A y regarder de haut toute cette action diplomatique conduisait à avancer des pions dans la crainte d’antagonismes avec l’Allemagne. La marche vers la guerre semble prendre corps. L’évidence est patente si l’on ajoute qu’en avril 1911 la progression au Maroc des troupes françaises pacificatrices provoqua l’ire de l’Allemagne qui riposta rapidement  par ce que l’on a appelé le coup d’Agadir (envoi d’une canonnière dans le port) . Alors que les opinions de part et d’autre du Rhin étaient particulièrement exacerbées, les négociations débouchèrent sur la signature en novembre 1911 d’un accord franco-allemand.

Sur la scène internationale encore on assista en 1912-1913 à des guerres qui embrasèrent les Balkans. D’abord : Serbie, Bulgarie, Grèce, Monténégro contre l’Empire ottoman qui recule en Europe ne conservant qu’Istanbul et sa région. Puis guerre fratricide entre les vainqueurs, conflit qui se termine par un renforcement de la Serbie.

En France, où les citoyens étaient divisés du fait des crises politiques, des scandales et  des luttes sociales qui avaient émaillé la fin du 19ème siècle et le début du 20ème, l’opinion publique ne semble pas avoir pris pleinement conscience de la situation internationale. On ne croyait pas à une possible guerre avec l’Allemagne. Un exemple l’atteste. La loi sur la conscription fixait le temps d’incorporation dans l’armée à deux ans. Bien des militaires souhaitaient le retour à un service militaire de trois ans à un moment ou les allemands avaient le souci de renforcer leurs effectifs immédiatement disponibles. Le renforcement de l‘armée française fut exprimé par Raymond Poincaré qui allait devenir président de la République en janvier 1913. Farouche partisan d’un rapprochement avec la Russie, il soutenait que l’effort français serait apprécié par le Tsar. Un projet de loi portant la durée du service à 3 ans fut déposé devant le parlement. Après discussion, tergiversation, la loi fut votée. Cependant des élections devaient avoir lieu en avril 1914. La gauche socialiste avec à sa tête jean Jaurès pensait faire entendre sa voix : elle souhaitait l’abrogation de ladite loi. Dans leur journal, l’Humanité on put lire, le 6 avril 1914, que cette loi « compromettait la défense nationale  et menaçait jusque dans ses sources la vie française… ». Les élections eurent lieu comme annoncé e les résultats montrèrent une stabilité du corps électoral par rapport aux résultats de la précédente consultation du peuple en 1910. Toutefois le parti socialiste avait légèrement progressé aux dépens de la gauche modérée (radicaux socialistes, …). La France restait divisée entre « partisans des trois ans » et ceux pour qui il fallait en rester aux « deux ans ». L’opposition à toute guerre était très forte dans l’extrême gauche mais également chez les socialistes. Jaurès croyait que l’Internationale ouvrière s’opposerait aussi bien en Allemagne qu’en France à tout conflit armé. On prévoyait de déclencher une grève générale contre toute velléité de s’engager sur la voie d’une guerre qui défendrait l’idéologie  du renouveau nationaliste.

Et les Français que pensaient-ils de la situation ?

Les élections avaient eu pour principale préoccupation politique la loi des trois ans et en ce printemps 1914 ce qui intéressait la classe dirigeante et une partie du peuple c’était des évènements bien nationaux à savoir : le Congrès du parti socialiste (14-16 juillet), la visite du président de la République en Russie et le procès de madame Caillaux, femme de Joseph Caillaux ancien président du Conseil et ministre des finances, laquelle avait tué le directeur du Figaro de peur qu’il révèle des renseignements intimes sur sa vie.

Devant le Congrès réuni à Vienne, Jean Jaurès fit approuver une motion préconisant de lancer une grève générale en cas de menace de guerre, bien que de l’avis général on n’évoqua aucun risque précipité. L’action ainsi préconisée devrait être engagée en même temps dans tous les Etats belligérants pour « imposer aux gouvernements le recours à l’arbitrage. » Ce texte devait être discuté lors d’un prochain Congrès de l’Internationale socialiste ou il n’avait d’ailleurs guère de chance d’être adopté du fait du refus de l’id »e d’une grève générale par les délégués allemands. En France la critique fut vive et alimenta la presse. Jaurès justifia sa position : les socialistes défendront l’idéal patriotique, mais ils restent déterminés à lutter pour le maintien de la paix.

Avec le recul, le périple du président de la République, Raymond Poincaré accompagné du président du Conseil René Viviani prend des allures quelque peu surréalistes. En quelque sorte presque une croisière en mer Baltique alors que venait de se produire un évènement grave et lourd pour la suite, l’assassinat à Sarajevo de l’archiduc (prince héritier d’Autriche-Hongrie). Le meurtre fut dénoncé comme l’acte d’un serbe qui agressait par voie de conséquence l’Alliance avec l’Autriche Hongrie. Le président Poincaré, apparemment non troublé par les évènements qui s’enchainaient inéluctablement, quitta Paris le 14 juillet après la revue habituelle pour Dunkerque. il embarqua le lendemain pour Kronstadt où il arriva le 20. Aucun motif particulier pour cette visite n’est à retenir. C’était un simple périple de routine. Le président et le chef du Conseil entamèrent leur voyage de retour le 24 sans savoir que l’Autriche-Hongrie avait lancé la veille, encouragé en cela par l’Allemagne, un ultimatum à la Serbie. Celle-ci le rejetant, la guerre fut déclarée le 28 juillet. Entre temps les présidents français s’arrêtèrent  à Stockholm  puis accélérèrent leur retour. Ils revinrent à Dunkerque le 29.

Le troisième évènement qui retint l’attention de la presse et, semble-t-il quelque peu des français ce fut procès de madame Caillaux ouvert le 20 juillet et clos le 29 par l’acquittement de la prévenue.

Décidément tout paraissait bien calme en Europe en dépit des évènements politico-diplomatiques qui produisaient à la longue un amas de nuages noirs au-dessus des européens et, en particulier des français qui ne voulaient pas croire à une guerre imminente. Ils n’étaient pas les seuls. Winston Churchill écrira plus tard que le printemps 1914 avait été d’une « tranquillité exceptionnelle ».

Patriotes et pacifistes dépassés par les évènements qui se succédaient à vive allure n’eurent de réaction un tant soit peu efficaces ni même réellement perçus par la population dans son ensemble. Les citoyens furent surpris par les déclarations de guerre réciproques faites par l’Etat allemand et la République française. La grande guerre commençait. Rapidement elle devint mondiale après avoir embrasé l’Europe où les Russes avaient déjà décrété la mobilisation. La Grande-Bretagne n’allait pas tarder à rejoindre les puissances de l’Entente.

Ce qui contribuait à ce caractère mondial que prenait le conflit c’est le fait qu’au côté des troupes françaises se battirent des 1914-1915 des soldats de notre Empire colonial (principalement d’Afrique) et que l’entrée en guerre de la Grande-Bretagne engagea le Canada, l’Australie, l’Inde. Plus tardivement le Brésil, la Chine et les Etats-Unis rejoignirent les troupes alliés. Reporté sur une carte c’est bien un espace à l’échelle du monde qui s’y dessine.

Bien que divisée en ce début d’année 1914 la population tout entière fit face avec résignation mais aussi détermination à une formidable  épreuve qui l’avait surprise. Dès le 4 août le président de la République, dans un message à la nation déclarait : « Dans la guerre qui s’engage, la France … sera héroïquement défendue par tous ses fils, dont rien ne brisera devant l’ennemi l’union sacrée. ». Sur un plan politique plus large la « trêve des partis » fut respectée. De plus, il y eut un remaniement ministériel avec élargissement des sensibilités puisque deux personnalités socialistes  et quatre autres députés de droite entrèrent dans le Conseil.

Au moment ou commençait une terrible guerre dont personne ne pouvait se douter qu’elle durerait plus de 4 ans et qu’elle occasionnerait — directement ou indirectement — autant de dommages au pays, de morts et de blessés. L’union du peuple se faisait, même si certains ont pu dire ou écrire qu’elle n’était pas parfaite.

Allégresse à partir ? Devoir patriotique ? Ce ne fut pour la plupart que tristesse et résignation pour faire face à l’ennemi. La déception, voire la rancœur n’allait pas tarder à se es manifester quant au bout d’un mois de combat force était de reconnaître que les troupes françaises, victimes des erreurs des plans militaires, avaient battu en retraite des frontières du nord jusqu’à Luzarches.

 

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