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Potiers de la vallée de l’Ysieux

COMPTE RENDU DE LECTURE

GUADAGNIN Rémy – Fosses – Vallée de l’Ysieux.
Mille ans de production céramique en Ile-deFrance.
Vol. 1, Les données archéologiques et historiques.
Caen, Publications du CRAM, 2000, 367 p., ill., tableaux, graph., biblio.

Un grand livre pour notre petite Vallée

L’auteur est chercheur au C.N.R.S., en poste au Musée des Arts et Traditions Populaires. Depuis plus de quinze années, il prospecte avec son équipe d’archéologues (membres de l’association Jeunesse Préhistorique et Géologique de France) dans notre vallée : de Fosses à Chaumontel. Très rapidement il découvrit l’existence d’ateliers de potiers médiévaux, installés là depuis l’an mil et jusqu’au XVIIIème siècle, voire au milieu du XIXème siècle du fait de l’activité à cette époque plus récente de fabricants de carreaux et de tuiles, à Bellefontaine et à Saint-Witz.

C’est une première synthèse de ses travaux qu’il nous livre ici en un remarquable ouvrage, solide et richement documenté. Il faut reconnaître que la moisson a été bonne. Dix-huit unités ou secteurs de production ont été étudiés à Fosses ; d’autres à Bellefontaine. De plus, des sites ont été repérés à Lassy, à Luzarches (près d’Hérivaux) et encore au Plessis-Luzarches. La rédaction, claire et alerte, incite à la lecture, et, pour certains qui seront vite intéressés crayon en main.

Rémy Guadagnin commence par nous exposer l’état des lieux — « géographie économique » — au Moyen Age. Puis, il nous montre l’existence sur le terrain et l’intérêt du matériau de base pour le potier : l’argile. Il a été jusqu’à en faire établir l’analyse et donc la composition sur les vestiges retrouvés. Il en vient ainsi à nous décrire les villages de potiers dans la Vallée. Au passage, nous apprenons que Bellefontaine était à l’origine composé de deux communautés. Au nord, relevant de la châtellenie de Luzarches, le bourg avec l’église et le prieuré, le petit château, et, la grande ferme des Dames de Saint-Rémy (communauté religieuse). Au sud, ce que l’on appellera plus tard l’ »Au-delà de l’eau », sur la rive gauche de l’Ysieux, constituait « Brenc », ancien village ressortissant à la châtellenie de Gonesse. Les deux entités fusionnèrent, apparemment, au XVème siècle. Sur notre territoire, les archéologues ont découvert des vestiges d’ateliers de potiers. En premier lieu sur le versant nord, en particulier au lieu dit « La Poterie », près du moulin de Saulx qui tournait sur l’Ysieux, c’est à dire dans le parc actuel du château. Ensuite, ils ont repéré des indices qui laissent présumer à la fois une occupation du sol et une activité de poterie au hameau de Louvres aux confins de Bellefontaine et de Fosses (partie est du « marais »). Enfin, à Brenc, les fouilles ont permis d’attester le peuplement depuis l’époque mérovingienne. Un cimetière du haut Moyen Age a été retrouvé. Rémy Guadagnin évoque alors l’implantation de plusieurs potiers au début du XVIIème siècle ayant leur atelier tant rue Abraham que rue de Brenc (actuelle rue des Sablons : du pont de l’Ysieux à la place du Tilleul). Dans un deuxième grand chapitre de ce livre, l’auteur nous propose une synthèse des fouilles et autres études qu’avec son équipe il a menées de 1989 à 1999. Il nous montre sa progression méthodique dans sa quête de connaissances, progression qui, de chantier en chantier, lui a révélé l’importance de l’activité permanente de poterie dans la vallée et de ses répercussions aussi bien sur le plan social qu’économique sur le secteur. De Fosses à Lassy elle a eu très probablement un fort impact sur le développement des localités, impact soutenu par les échanges que l’activité potière générait avec bien des lieux liés par la commercialisation des productions.

Chaque site est ensuite étudié finement. On découvre dans une étude diachronique aussi bien le processus d’extraction de la terre que celui de la fabrication des diverses pièces : du tournage à la cuisson, avec une description très sure du matériel utilisé et notamment des différents fours. Pour chaque site, il est non seulement question des poteries (ou, la plupart du temps, de tessons) retrouvées, mais aussi de tout un « matériel » qui a pu être mis au jour lors des fouilles : sarcophages sous le parvis de la vielle église de Fosses ou simple « tombe » (avec présence de squelettes humains, voire d’animaux), objets divers (y compris outils).

En ce qui nous concerne, nous lirons avec une attention particulière ces paragraphes consacrés aux deux secteur « exploités » de Bellefontaine ; l’un dans le parc du château (lieu dit ancien « la Poterie », près du colombier), l’autre au sud dans l’ex-village de Brenc. Deux fours ont été étudiés dans le premier endroit. Dans le second, les recherches permettent d’avancer qu’il y eut, sous l’Ancien Régime, au moins quinze familles de potiers et fabricants de carreaux qui exercèrent leur métier tant dans la rue Abraham que dans la rue de Brenc, peut-être même dans « Les Puteaux » (Vieille rue). A ce stade de la recherche, Rémy Guadagnin utilise les sources écrites pour nous décrire les ateliers des potiers Bellifontains. Il exploite particulièrement les archives notariées, et, plus spécialement, les inventaires dressés par les notaires après décès.. Par ce biais il aborde l’histoire sociale de notre village. Nous découvrons ces familles qui ont contribué par le passé à la vie de la commune. Force est de reconnaître, et c’est ce qui donne un intérêt supplémentaire à ces travaux de recherche, qu’une économie potière s’est mise en place au cours des siècles (du Haut Moyen Age à la Révolution) dans la vallée de l’Ysieux. Le cycle « production-vente » est évoqué avec la présence de marchands résidant hors du village. Le commerce se faisait aussi bien avec la province qu’avec la banlieue de la capitale, et même avec Paris. Des poteries Fosséennes ont été retrouvées lors des fouilles effectuées il y a une dizaine d’années dans la cour carrée du Louvres !

Toute cette histoire, élément majeur de notre patrimoine historique, qui, de l’an mil au XIXème siècle a façonné la vallée de l’Ysieux, mérite, ainsi que viennent de le faire — avec compétence et de façon fort érudite — Rémy Guadagnin et son équipe, qu’on s’y intéresse. C’est de l’histoire locale qui ne peut en rester là et doit s’inscrire, de par son rayonnement, dans la connaissance de l’histoire régionale. Il convient également de pérenniser les résultats de ces travaux archéologiques et d’en montrer le produit au plus grand nombre de nos concitoyens. A partir de cette observation, les élus des communes concernées par l’activité potière ont souhaité la création d’un Eco-musée (concept à préciser) qui pourrait abriter à la fois une collection permanente et des expositions temporaires, alors que l’équipe de chercheurs pourrait faire partager son savoir à des jeunes (atelier socio-éducatif) et, également dans le cadre d’une archéologie expérimentale (prolongement directe de l’archéologie de terrain) reprendre, à titre emblématique, une production semblable à celle dont les archéologues ont mis au jour les vestiges. Dans cette perspective, une association de préfiguration du « musée » a été créée. Elle a été soutenue dès son lancement par le Syndicat de gestion du Parc Naturel Régional Oise-pays de France qui a pris à sa charge une étude de faisabilité. Depuis, les Communautés de communes de la Porte de France (Roissy) et du Pays de France (Luzarches) sont entrées comme parties prenantes dans l’association. L’instruction du dossier suit son cours. Le projet pourrait être traité en commun avec celui de la création en cours d’un musée intercommunal à Louvres.

D’ores et déjà, nous ne pouvons que vous inviter à lire ce beau et grand livre, bien et judicieusement illustré (photos de chantiers de fouilles, cartes anciennes, plans, etc) , complété par des extraits de passionnantes archives et une bibliographie riche en références de travaux scientifiques permettant d’en savoir plus.